Un lycéen, nommé Bruce McAllister, a envoyé à 150 auteurs célèbres de littérature, de romans commerciaux et de science-fiction un questionnaire de quatre questions reproduit à la machine. Dans son enquête, il a demandé s'ils utilisent intentionnellement des symboles dans leur travail ? Il a également demandé qui a constaté que les symboles émergent de leur subconscient, et qui les a vus apparaître de façon inattendue dans leurs écrits, produits dans le cerveau de leurs lecteurs.
En 1963, Bruce McAllister a écrit à 150 auteurs pour résoudre un désaccord avec son professeur d'anglais au sujet du symbolisme textuel. Ray Bradbury, John Updike et Saul Bellow figuraient parmi les plus de 75 auteurs qui ont répondu. McAllister est devenu par la suite un auteur bien connu et professeur de littérature.
Comment le sondage de Bruce McAllister a-t-il été reçu ?
Bruce McAllister était confiant, voire carrément arrogant, dans sa conviction que les questionnaires qu'il envoyait résoudraient un désaccord avec son professeur d'anglais. Il voulait démontrer que les symboles n'étaient pas enfouis sous les textes qu'ils lisaient comme de l'or enterré attendant d'être découvert.
Cette tâche lui a demandé beaucoup de travail, surtout avant Internet et l'e‑mail, mais elle n'était pas impossible. Plusieurs auteurs et leurs représentants figuraient dans la série Littérature américaine du XXe siècle de la bibliothèque locale, et McAllister a pu les contacter
Ce qui était encore plus impressionnant, c’est que 75 écrivains ont répondu. La plupart étaient très sincères. Soixante‑cinq de ces réponses ont survécu, mais dix ont été perdues à cause d’un ami kleptomane de McAllister. Le rejet du secrétariat a été suivi d’un gros paquet de manuscrit à simple interligne en réponse.
Les réponses au questionnaire étaient aussi diverses que les auteurs eux‑mêmes. Y a‑t‑il du symbolisme dans l’œuvre d’Isaac Asimov ? Consciencieusement ? Pas question ! Inconsciemment ? Existe‑t‑il un moyen de l’éviter ? Il y a beaucoup plus de symbolisme dans la vie quotidienne que certains critiques ne le réalisent.
Iris Murdoch, romancière et philosophe
Ce n’est pas une définition ; ce n’est pas vrai et, par conséquent, vos interrogations n’ont aucun sens.
Ayn Rand, écrivaine et philosophe
Le symbolisme est acceptable dans la fiction, mais je raconte des histoires réelles simplement sur ce qui est arrivé aux personnes que je connaissais.
Jack Kerouac, romancier américain
McAllister a également reçu des excuses des secrétaires de John Steinbeck, Muriel Spark et Ian Fleming. Elles ont expliqué qu’elles voyageaient et ne pouvaient pas répondre. (Source : The Paris Review)
Réflexion de McAllister
McAllister déclare que l’idée que les écrivains répondraient ne lui était jamais venue. Pourtant, lorsqu’ils l’ont fait, il était ravi, tout comme son professeur d’anglais, qui se décrivait comme une « personne belle et enseignante » impressionnée par son assiduité mais incapable de comprendre la signification de son résultat. Au moins jusqu’à la fin de l’année scolaire 1964‑1965, la recherche de symboles continuerait.
McAllister se sentait coincé entre l’intimité de chaque réaction et le schéma des réponses cumulatives lorsqu’il réfléchissait au projet. Cependant, la question demeure : pourquoi ont‑ils répondu ? McAllister ne s’attribue aucun crédit, décrivant son questionnaire comme à peine lisible.
Il se souvient avoir mal employé le mot précoce dans sa lettre de motivation. Ce qu’il voulait réellement dire était présomptueux. Avec le recul, il était les deux. Mais certains écrivains semblaient contredire cette idée.
J’ai conclu que personne ne les avait interrogés. Les érudits et les textes étaient le centre du Nouveau Criticisme ; les écrivains étaient exclus de l’équation. Les chercheurs discutaient du symbolisme dans la littérature, mais personne n’avait interrogé les auteurs.
Bruce McAllister
(Source : The Paris Review)





