Un des plus anciens documents contraignants de l’histoire humaine est le serment d’Hippocrate. Il est sacré pour tous les médecins : soigner les malades du mieux possible, préserver la confidentialité des patients, enseigner la médecine à la prochaine génération, et surtout, ne pas nuire. Mais que se passe‑t‑il lorsque les médecins jettent cela par la fenêtre à cause de la discrimination ?
En 1934, 75 médecins de Montréal ont fait grève parce qu’un hôpital catholique a embauché un médecin juif. Ils ont choisi de quitter leurs postes et de priver leurs patients de soins appropriés parce qu’ils ne voulaient pas travailler avec un Juif.
Qui était le médecin juif en question ?
Le Dr Sam Rabinovitch a été diplômé en tête de sa promotion à l’Université de Montréal. Il venait également d’une famille de médecins – 4 de ses frères aînés étaient déjà médecins.
En termes de qualifications, sans aucun doute, Rabinovitch était parfait pour le poste. Le seul problème était sa religion. Rabinovitch était juif et aurait été le premier juif à occuper un poste de personnel dans un hôpital catholique franco‑canadien.
Il va sans dire que la discrimination envers les Juifs était très élevée à cette époque, ce qui a conduit à la protestation de 75 médecins, aujourd’hui connue sous le nom de Jours de honte. (Source : Bibliothèque nationale de médecine des États‑Unis)
Quand la protestation a‑t‑elle commencé ?
La grève a commencé le 15 juin 1934 et a duré quatre jours. L’administration de l’hôpital n’a pas cédé ; ils ont laissé Rabinovitch travailler comme prévu. Au milieu de la nuit du 14 juin 1934, la veille de sa nomination au personnel, tous les internes de Notre‑Dame sont partis et ont refusé de prodiguer des soins à quiconque, y compris aux patients d’urgence déjà présents.
Au 17 juin, la grève s’est étendue à d’autres hôpitaux de Montréal, et les infirmières menaçaient également de rejoindre la protestation si Rabinovitch n’était pas renvoyé.
Il y a même eu la menace de transformer la protestation en un boycott général de toutes les personnes juives, y compris les commerces et l’ensemble de leur communauté. (Source : Bibliothèque nationale de médecine des États‑Unis)
Comment la protestation s’est‑elle terminée ?
Le 18 juin 1934, Rabinovitch a présenté sa démission de Notre‑Dame.
Dr. Sam RabinovitchCompte tenu des conditions graves et dangereuses auxquelles les patients de Notre‑Dame et d’autres hôpitaux ont été exposés en raison du refus d’un certain nombre d’internes d’obéir à leurs supérieurs, et à cause de l’embarras des différents conseils de Notre‑Dame et d’autres hôpitaux, je considère qu’il est de mon devoir, en tant que médecin, de présenter ma démission en tant qu’interne de votre hôpital.
En quelques heures après sa démission, les internes sont retournés au travail. Les hôpitaux ont menacé de les licencier mais leur ont tout de même permis de continuer.
Rabinovitch estimait que c'était la meilleure décision à l'époque. Les patients méritaient les meilleurs soins, et ils n'en recevaient aucun à cause de la protestation.
Où est le Dr Sam Rabinovitch maintenant ?
Rabinovitch a quitté Montréal. L'administration de Notre-Dame lui a attribué un stage à St. Louis, où il s'est spécialisé en médecine interne.
Malgré la controverse, il a persévéré et est devenu l'un des médecins praticiens les plus âgés du Canada.
Les patients se souciaient davantage de ma réputation d'être un médecin attentionné et honnête que de ma religion.
Dr. Sam Rabinovitch
(Source : US National Library of Medicine)






