Grâce aux progrès médicaux, les États‑Unis ont évité des milliers de décès infantiles et de graves anomalies dans les années 1960. Cela a été rendu possible grâce à l'expertise et à la persévérance d'un médecin.

Frances Oldham Kelsey a demandé des études supplémentaires pour le médicament thalidomide lorsqu'elle a découvert qu'il provoquait des décès et des déformations chez les nourrissons dans 46 pays. C'était un médicament prescrit aux femmes enceintes contre les nausées matinales.

Le scandale du thalidomide

Dans les années 1950, l'Allemagne a développé un médicament appelé Thalidomide. Il était destiné à être un sédatif. L'entreprise a publié des rapports sur les essais sur les animaux et les humains et a présenté des résultats positifs. Des doses élevées lors des tests sur les animaux n'ont montré aucun effet secondaire, tandis que les essais sur des patients humains ont montré un nombre remarquablement faible d'effets secondaires.

Cependant, les études de l'entreprise allemande, Chemie Grünenthal, se sont avérées avoir très peu de valeur scientifique. Plusieurs éléments manquaient à l'étude, à savoir :

Bien que l'étude soit défectueuse, le médicament s'est répandu dans différents pays. Au Royaume‑Uni, il était commercialisé sous le nom de Distaval. Il était présenté comme un traitement sûr contre la grippe, les nausées matinales et l'insomnie liée à la grossesse.

Les médecins ont observé dans les années 1950 un taux de grossesses anormales supérieur à la normale. Des enquêtes ont été lancées et des suggestions ont émergé selon lesquelles le médicament pourrait en être la cause. Cependant, l'entreprise allemande a rétorqué que certaines femmes enceintes ayant pris le médicament n'avaient pas donné naissance à des enfants présentant des anomalies. En même temps, certaines mères dont les bébés étaient nés avec des effets secondaires ne se souvenaient pas avoir pris du thalidomide. (Source : Understanding Animal Research)

En 1961, des rapports provenant de différents pays décrivaient le lien entre le médicament et les décès infantiles ainsi que les anomalies congénitales. Il a été rapporté que plus de 10 000 bébés étaient touchés dans le monde, et la moitié mourait quelques mois après la naissance.

Lorsque des études supplémentaires ont été réalisées, il a été observé que différentes anomalies se développaient selon le stade de la grossesse. Chemie Grünenthal a officiellement retiré le médicament le 26 novembre 1961. Les familles des personnes touchées ont créé un réseau en 1962. La Société du Thalidomide a été créée pour offrir un soutien émotionnel et demander une indemnisation pour les dommages causés par le thalidomide.

À la fin des années soixante et au début des années soixante‑dix, de nombreuses entreprises qui produisaient des médicaments contenant le produit ont été contraintes d’indemniser les familles des victimes. (Source: Science Museum)

Le point de vue du Dr Kelsey

Le Dr Frances Oldham Kelsey était examinatrice pour la Food and Drug Authority (FDA) dès son premier mois. Sa principale mission était d’examiner les nouvelles demandes d’autorisation de médicaments, une exigence légale selon laquelle les fabricants devaient fournir des preuves de la sécurité d’un médicament avant qu’il ne soit mis sur le marché. L’une de ses premières missions fut d’examiner le nouveau médicament thalidomide. (Source: FDA)

Après un examen approfondi, Kelsey découvrit que le médicament ne disposait pas de preuves suffisantes de sécurité, ce qui conduisit au rejet de la demande d’introduction du thalidomide sur le marché américain. Bien que le médicament fût largement utilisé dans les pays européens comme somnifère, Kelsey était préoccupée par certaines données non publiées suggérant de graves effets secondaires chez les patients qui le prenaient de façon répétée.


Malgré la pression de nombreux fabricants’ pour approuver leur demande, Kelsey resta ferme et refusa d’accorder l’approbation. Sa décision permit de sauver de nombreux nourrissons de la mort ou de souffrances de conditions médicales à vie. Pour son action, Kelsey fut récompensée par le président John F. Kennedy du President’s Award for Distinguished Federal Civilian Services en 1962. Il s’agissait de la plus haute distinction décernée à un civil dans le pays. (Source: CF Medicine)