Il est facile pour nous de regarder en arrière certaines des pratiques du début de l’Âge atomique comme à la fois stupides et inutiles. Un bon exemple est l’Opération Skywatch. Qu’a‑t‑elle fait, et pourquoi a‑t‑elle échoué ? 

Au début des années 50, avant le système radar national et les satellites, les États‑Unis surveillaient le ciel avec l’Opération Skywatch. Des volontaires civils postés dans des tours branlantes équipées de jumelles et d’un téléphone surveillaient les bombardiers soviétiques.

Qu’est‑ce que l’Opération Skywatch ?

Avant l’avènement des capteurs électriques, des systèmes d’alerte par satellite et des avions équipés d’instruments d’identification, les États‑Unis disposaient du Ground Observe Corps (GOC).

Le GOC a été créé après le bombardement japonais de Pearl Harbor pendant la Seconde Guerre mondiale. 

En février 1950, six mois après que l’Union soviétique ait effectué son premier test d’arme atomique, le lieutenant‑général Ennis C. Whitehead du Continental Air Command a relancé le groupe civil. (Source : Air Space Magazine)

Le déclenchement de la guerre de Corée en juin a renforcé les efforts de recrutement, et quelques mois plus tard, plus de 200 000 personnes s’étaient engagées. Il s’agissait d’enfants, de femmes et d’adultes qui observaient et consigna‑aient les mouvements d’avions.

De nombreux membres se rassemblaient sur des collines herbeuses, des cabanes abandonnées, les toits du YMCA et tout autre endroit offrant une vue dégagée. Les seules exigences étaient des jumelles, un téléphone et un volontaire patriotique. Les consignes étaient simples : courir au téléphone le plus proche et alerter le centre de filtrage si un avion hostile était repéré.

Chaque poste local était relié par téléphone à l’un des 26 centres de filtrage, composés d’un mélange de civils et de personnel de l’Armée de l’air.

Pour aider à identifier les avions, l’Armée de l’air a créé des brochures de formation, des directives et des vidéos. Le groupe était formé à reconnaître la différence entre les avions commerciaux et militaires ainsi que les types d’avions militaires et leurs insignes distinctifs. L’instruction se concentrait sur la mémorisation des formes des ailes, de la queue, du moteur, du fuselage et de la structure globale de chaque avion. On leur fournissait même des photographies d’avions alliés et de l’Axe. (Source : DVIDS)

Après quelques heures de formation à l’identification des avions et à la rédaction de rapports, les observateurs étaient affectés à l’une des 8 000 stations d’observation situées le long de la côte et dans le nord.

Les sites d’observation de Skywatch fonctionnaient 24 heures sur 24, 365 jours par an. Les volontaires recevaient une paire d’ailes cérémonielles et un écusson et pouvaient obtenir des citations pour le nombre d’heures accumulées au service. Au milieu des années 1950, 400 000 volontaires étaient affectés à 16 000 postes.

À la fin des années 50, l’opération a été abandonnée.

La dissolution de l’Opération Skywatch

Le président Eisenhower a écrit des lettres à chaque volontaire en juillet 1956. Elle disait :

Le Ground Observer Corps a été un facteur essentiel pour maintenir la force qui a assuré la paix dont nous jouissons. Votre vigilance constante et désintéressée vous a valu l’admiration de tous les Américains. En leur nom, je vous salue à cette occasion. J’espère que beaucoup d’autres vous rejoindront dans ce travail important de renforcement de nos défenses aériennes.

Cependant, les stations radar, appelées la Ligne d’Alerte Précoce à Distance (DEW), sont entrées en service l’année suivante. L’Armée de l’air a cessé de collaborer avec le Ad Council, et après des mois de délibérations, la Maison‑Blanche a annoncé la dissolution du GOC le 31 janvier 1959.

Le président a ensuite écrit une autre lettre dans laquelle il exprimait sa gratitude envers le plus grand groupe de volontaires civils de défense en temps de paix que ce pays ait jamais connu. (Source : Timeline)