Vous pourriez imaginer des explosifs déguisés, des écoutes téléphoniques, des bombes chauve‑souris ou d’autres inventions spectaculaires lorsque vous pensez à l’espionnage allié. Cependant, des documents déclassifiés montrent que des saboteurs ordinaires, des ouvriers d’usine délibérément maladroits, des conducteurs de train agaçants et de mauvais cadres intermédiaires ont aidé les États‑Unis à gagner la Seconde Guerre mondiale. Mais pourquoi les États‑Unis ont‑ils publié un manuel d’espionnage pendant la Seconde Guerre mondiale ?
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États‑Unis ont publié un manuel d’espionnage conseillant aux cadres intermédiaires en territoire ennemi de saboter leurs employeurs en soulevant des questions sans rapport, en favorisant de mauvais travailleurs, en marchandant sur des détails mineurs et en organisant des réunions inutiles.
Une offre d’emploi en espionnage.
Ils ont créé le Simple Sabotage Field Manual, une sorte de manuel anti‑formation ultime rempli d’idées pour motiver et inspirer les habitants à compliquer la vie de leurs gouvernements. Des extraits et adaptations de celui‑ci ont été distribués sous forme de tracts, à la radio et en personne lorsque des agents rencontraient des personnes qui semblaient correspondre au poste. (Source : Atlas Obscura)
Un guide pour saboter et espionner
L’introduction du manuel promet innombrables actes simples que le citoyen‑saboteur ordinaire peut accomplir. La destruction est possible avec du sel, des clous, des bougies, des cailloux, du fil ou d’autres matériaux qu’il est susceptible de posséder habituellement.
Seule l’imagination et les circonstances du saboteur limitent le potentiel de ces matériaux. Vous pourriez utiliser une épingle à cheveux pour bloquer une serrure, insérer une clé à molette dans un boîtier de fusibles ou poncer une surface lubrifiée. Selon le manuel, penser en grand est préférable. N’importe quel ouvrier d’usine militaire pourrait rapidement trancher les pneus d’un camion de l’armée en se rendant au travail. Pourtant, il est encore meilleur de renverser une quantité de cheveux dans le chaudron d’une chaîne de montage, contaminant le caoutchouc destiné à équiper toute une flotte.
Selon le manuel, le deuxième type de sabotage simple ne nécessite aucun outil et n’occasionne aucun dommage physique. Il repose plutôt sur des opportunités universelles de prendre de mauvaises décisions, d’adopter une attitude non coopérative et d’inciter les autres à faire de même. Comme toutes les bonnes manœuvres, cette tactique reçoit un nom élégant : l’élément humain.
Les citoyens devraient pleurer et sangloter hystériquement à chaque occasion, surtout lorsqu'ils sont confrontés à des fonctionnaires du gouvernement. Les conducteurs de train peuvent délivrer deux billets pour le même siège afin de provoquer une discussion intéressante. Le plus impressionnant, c’est que n’importe quel spectateur peut gâcher un film de propagande en apportant un sac de papillons de nuit au théâtre et en le laissant sur le sol d’une section vide : apportez le sac au cinéma avec vous et déposez‑le sur le sol d’une section vide. Les papillons de nuit s’envoleront et grimperont dans le faisceau du projecteur, obscurcissant le film avec des ombres battantes.
Cependant, il s’agit d’une interprétation résolument moderne. L’OSS faisait bien remarquer aux recruteurs de saboteurs de l’époque que la plupart des gens ne sont pas naturellement enclins à prendre des décisions stupides.
La stupidité intentionnelle est contraire à la nature humaine, écrivent-ils dans une section intitulée Motiver le Saboteur. Le recruteur moyen a fréquemment besoin d’informations et de suggestions, d’incitations et d’assurances qu’il existe de nombreux saboteurs comme lui, ponçant des choses qui n’ont pas besoin d’être classées, organisant des réunions qui n’ont pas besoin d’être sauvegardées et apportant des sacs de papillons de nuit au cinéma. (Source : Atlas Obscura)
Image provenant de BBC.com






