Paolo Dal Poggetto cherchait une sortie, pas un chef-d’œuvre. En 1975, le directeur du musée des chapelles des Médicis, à Florence, suivit une indication donnée par des gardiens jusqu’à une trappe dissimulée sous une armoire. Elle s’ouvrait sur une étroite pièce souterraine, d’environ 10 mètres sur 3, trop exiguë et sans issue pour résoudre son problème de circulation des visiteurs. Puis le plâtre commença à se détacher des murs.[2][3]

Sous les chapelles des Médicis à Florence, on découvrit une pièce de stockage murée, couverte de dessins au fusain et à la craie que certains spécialistes attribuent à Michel-Ange, qui s’y serait caché en 1530 après avoir soutenu le mauvais camp dans une dangereuse lutte politique.

La chambre n’avait pas été préservée comme une relique sacrée. Elle avait servi à entreposer du charbon jusqu’en 1955, avant d’être condamnée sous le complexe médicéen de San Lorenzo.[3][5] Sous des couches de plâtre, Dal Poggetto découvrit des dizaines de silhouettes et de fragments rapidement esquissés : visages, nus, bras, jambes et corps superposés sur les murs de la petite pièce.[3]

Dal Poggetto pensa reconnaître la main qui les avait tracés. Selon lui, Michelangelo Buonarroti avait réalisé ces marques alors qu’il se cachait en 1530, à un moment où la politique florentine était devenue périlleuse pour ceux qui avaient soutenu le gouvernement républicain vaincu.[3][5]

Le mauvais protecteur au mauvais moment

Les ennuis de Michel-Ange commencèrent avec une famille qui l’avait pourtant aidé à s’élever. Les Médicis comptaient parmi les grands mécènes florentins, et Michel-Ange avait travaillé pour eux, notamment à la Nouvelle Sacristie, la chapelle funéraire familiale de San Lorenzo.[4][6] Mais après l’expulsion des Médicis de Florence en 1527, il se rangea du côté de la république qui les remplaça et contribua à fortifier la ville contre leur retour.[3][4]

En 1530, les Médicis revinrent. Le pape Clément VII, né Giulio de’ Medici, aurait ordonné — ou menacé d’ordonner — une lourde punition contre Michel-Ange pour son rôle dans la révolte.[3][5] L’artiste disparut. Plusieurs récits modernes le situent pendant environ deux mois dans cette pièce étroite et sans fenêtre sous la chapelle, même si la légende plus ancienne étire souvent cette clandestinité sur plusieurs mois.[3][4][5]

Sur les murs, certains dessins semblent remonter le fil de la propre mémoire de Michel-Ange. Un nu près de l’entrée a été comparé par certains experts à sa Résurrection du Christ. Une esquisse de jambes a été rapprochée de formes présentes sur un tombeau de la chapelle. D’autres traits ont été reliés, avec davantage de prudence, à La Chute de Phaéton, à la Léda et le Cygne perdue, et même au bras du David.[3][5]

Une pièce qui refuse encore de livrer son secret

Les murs ne portent aucune signature. Dal Poggetto était convaincu que les dessins étaient de Michel-Ange, mais les spécialistes continuent de débattre : peut-on tous les lui attribuer avec certitude, seulement certains, ou aucun ?[3][4] La version la plus forte de l’histoire est aussi la plus difficile à prouver : un artiste célèbre, soudain vulnérable, utilisant le fusain et la craie dans une pièce cachée sous la chapelle de la famille à laquelle il s’était opposé.

Pendant des décennies, les visiteurs n’ont pas pu descendre pour se faire leur propre idée. La pièce a officiellement ouvert au public pour la première fois en 2023, avec des restrictions strictes : quatre personnes à la fois, 15 minutes à l’intérieur, et pas plus de 100 visiteurs par semaine.[3][4] Entre les visites, la chambre est maintenue dans l’obscurité afin de protéger les fragiles dessins au fusain et à la craie de l’exposition à la lumière.[3]

Paola D’Agostino, directrice des musées du Bargello, a décrit les premiers instants à l’intérieur comme presque indicibles, lorsque les visiteurs attendent que leurs yeux s’habituent et que les dessins superposés commencent à apparaître.[3] La pièce répond encore lentement : une trappe sous une armoire, une chambre à charbon sous une chapelle, et des silhouettes qui émergent de l’obscurité.

Sources

  1. Atlas Obscura, « Les dessins cachés de Michel-Ange »
  2. HISTORY, « Dans la pièce secrète de Michel-Ange ? »
  3. Smithsonian Magazine, « Michel-Ange a-t-il esquissé ces dessins dans une pièce secrète sous une chapelle de Florence ? »
  4. The Geographical Cure, « Les dessins secrets de Michel-Ange : la pièce cachée sous les chapelles des Médicis à Florence »
  5. The Guardian, « Les croquis secrets de Michel-Ange sous une église de Florence ouverts au public »
  6. Artnet News, « Pourquoi Michel-Ange a passé des mois caché du pape »