Sur les îles Mogador du Maroc, un pêcheur avait apparemment observé les faucons assez longtemps pour connaître leur stratagème le plus étrange. De petits oiseaux se retrouvaient parfois coincés dans des trous rocheux, vivants mais incapables de partir, tandis que les faucons d'Éléonore nichaient au-dessus de l'Atlantique.[1]
Les faucons d'Éléonore ont été documentés comme stockant des proies vivantes dans des crevasses rocheuses après avoir arraché des plumes de vol ou piégé des oiseaux là où ils ne peuvent pas se déplacer librement. Les chercheurs l'ont interprété comme un moyen de garder la nourriture fraîche pour plus tard.
En 2015, Abdeljebbar Qninba et ses collègues ont décrit ce comportement à partir de travaux de terrain dans l'archipel au large d'Essaouira. Les oiseaux qu'ils ont trouvés semblaient différents des restes ordinaires. Certains avaient leurs plumes de vol retirées. D'autres étaient poussés dans des cavités étroites où leurs ailes et leurs pattes pendantes n'avaient pas de place pour bouger.[1]
À la fin de la saison de reproduction, le faucon d'Éléonore rencontre un afflux de voyageurs épuisés. L'Animal Diversity Web note que l'espèce se reproduit sur les îles et les côtes méditerranéennes, les jeunes éclosant autour de la période de migration de nombreux petits oiseaux paléarctiques, puis hiverne loin à Madagascar et dans les îles voisines.[2]
Un oiseau capturé près d'un nid a une courte durée de vie utile. Les proies mortes peuvent sécher trop rapidement si les poussins ne les mangent pas. Les chercheurs de Mogador ont suggéré que garder un oiseau en vie pendant un ou deux jours donnait aux faucons de la nourriture fraîche au bon moment, une petite solution sinistre à un problème de stockage.[1]
BirdLife cartographie l'espèce comme un migrateur avec des zones de reproduction autour de la Méditerranée et une aire de non-reproduction dans la région de l'océan Indien occidental.[3] Les falaises marocaines s'inscrivent dans cette logique saisonnière : des poussins affamés en haut, des oiseaux fatigués de passage, et de la roche volcanique pleine de compartiments prêts à l'emploi.
Le pêcheur séjournait régulièrement sur les îles depuis des décennies, selon le rapport. Les chercheurs ont fourni des noms, des dates, des photographies et une explication possible. Le vieil observateur sur les îles a fourni quelque chose de plus humble : le sentiment que c'était une habitude répétée dans les rochers.[1]
Un mot comme « emprisonner » peut faire paraître le faucon presque humain, comme s'il planifiait la cruauté pour elle-même. La falaise raconte une histoire plus froide. Une fissure étroite, un ensemble de plumes desserrées et un nid plein de bouches transforment la survie en une minuscule pièce de logistique.
L'image finale est difficile à adoucir. Au-dessus de l'eau, l'oiseau adulte plane avec le vent. À l'intérieur du rocher, un petit corps reste frais parce qu'il est encore en vie. L'île est devenue un garde-manger, et la porte n'est qu'une fissure dans la pierre.






