La veille de Noël 1970, une sitcom diffusée sur un grand réseau américain a placé deux petites filles au cœur d’une histoire de race. Dans « Sisters at Heart », Lisa Wilson, une fillette noire, rend visite à son amie blanche Tabitha Stephens, et la magie de Tabitha dérape après que les enfants ont été confrontées au sectarisme, donnant aux deux fillettes une apparence racialement métissée.[1]
L’épisode de Ma sorcière bien-aimée intitulé « Sisters at Heart » a été diffusé sur ABC le 24 décembre 1970, et son histoire a été écrite par 26 élèves afro-américains de seconde du Jefferson High School, à Los Angeles. Elizabeth Montgomery déclara plus tard que c’était son épisode préféré de toute la série.
Darrin Stephens, interprété par Dick Sargent, tente de décrocher un contrat publicitaire d’un million de dollars auprès du propriétaire d’une entreprise de jouets, M. Brockway, joué par Parley Baer.[1] L’affaire capote parce que Brockway est raciste et croit à tort que Darrin est marié à Dorothy Wilson, la mère de Lisa.[1]
Samantha Stephens, interprétée par Elizabeth Montgomery, répond aux préjugés de Brockway avec l’outil que la série lui prêtait depuis des années. Elle lui jette un sort qui lui fait voir tout le monde, lui compris, avec la peau noire.[1] Pour une série construite sur des frémissements de nez, des quiproquos domestiques et des renversements du quotidien, le procédé était direct. La fantaisie restait pourtant proche de lieux ordinaires : la maison des Stephens, le bureau de Darrin, un accord commercial empoisonné par les suppositions d’un homme.
La classe derrière l’histoire
Le crédit le plus frappant n’était pas le nom d’un scénariste célèbre de télévision. L’histoire était attribuée à 26 élèves afro-américains d’une classe d’anglais de seconde du Jefferson High School, à Los Angeles.[1] Montgomery et son mari William Asher, qui réalisa l’épisode, avaient fait venir les élèves sur le plateau de Ma sorcière bien-aimée avant que la classe ne participe à la création de l’épisode.[1]
Le Jefferson High School n’était pas décrit dans des termes hollywoodiens édulcorés. La plupart des élèves n’y étaient pas capables de lire, d’écrire ou de comprendre au niveau attendu au lycée ; 44 % lisaient au niveau d’un élève de CE2, et très peu lisaient à un niveau nettement supérieur.[1] Sargent raconta plus tard que les élèves « adoraient Ma sorcière bien-aimée » et qu’avec « juste un peu d’approbation et de motivation », ils « prenaient vie sur le plateau ».[1]
Cela rend ce crédit bien plus qu’une simple curiosité. Ces élèves faisaient partie d’une population scolaire souvent évaluée à travers ce qui lui manquait : niveaux de lecture, d’écriture, de compréhension. Dans ce cas précis, une sitcom diffusée en première partie de soirée a inscrit leur classe au générique de l’histoire. L’épisode ne s’est pas contenté d’utiliser des enfants comme symboles d’innocence. Il a permis à des élèves de contribuer à façonner la situation que les adultes à l’écran devaient affronter.
L’épisode préféré de Montgomery
ABC diffusa « Sisters at Heart » comme treizième épisode de la septième saison de Ma sorcière bien-aimée, et comme 213e épisode de la série au total.[1] Il fut programmé comme épisode de Noël le 24 décembre 1970, puis rediffusé en décembre de l’année suivante.[1] Cette place dans la grille des fêtes donnait à la demi-heure un cadre moral évident, mais la manière dont Montgomery en parlait était plus personnelle.
Montgomery disait que « Sisters at Heart » était son épisode préféré de Ma sorcière bien-aimée.[1] Elle affirma qu’il « avait été créé dans le véritable esprit de Noël » et le décrivit comme « conçu à l’image de l’innocence et rempli de vérité ».[1] Pour la star d’une sitcom fantastique au long cours, le souvenir le plus cher n’était pas simplement le sort le plus étrange ou l’accident magique le plus spectaculaire. C’était l’épisode dans lequel une classe de seconde avait introduit le racisme dans les rouages d’une comédie familiale.
Les éléments paraissent encore étrangement modestes face au sujet : un contrat avec une entreprise de jouets, le travail d’un père, le sort d’une sorcière, deux enfants qui essaient d’être amies. Mais c’est précisément là que l’épisode exerce sa force. Dans une série célèbre pour un simple frémissement du nez, l’image qui reste est celle de Lisa et Tabitha côte à côte, placées là par des élèves qu’on avait invités sur le plateau et à qui l’on avait confié l’histoire.






