Vers deux heures du matin, dans l’espace situé devant le bureau du président de la Chambre, William Barksdale, du Mississippi, perdit son postiche. Deux élus du Nord s’en étaient pris à lui dans la cohue, et lorsque Barksdale se hâta de remettre sa perruque sur sa tête, il la posa à l’envers.[1]

La bagarre parlementaire de 1858 fut une véritable rixe sur le parquet de la Chambre des représentants des États-Unis, impliquant environ 30 à 50 représentants lors d’un débat nocturne sur l’esclavage. Elle commença avec Laurence Keitt et Galusha Grow, puis se désamorça lorsque la perruque mise à l’envers de Barksdale fit rire des hommes des deux camps.

La Chambre siégeait au cœur d’un affrontement acharné autour du Kansas, de l’esclavage et de la Constitution de Lecompton, une proposition d’admission du Kansas comme État esclavagiste qui se trouvait au centre du débat.[2] La bagarre éclata vers 2 heures du matin, le 6 février 1858, lors d’une séance rendue électrique par les violences plus larges du « Bleeding Kansas ».[2] Selon des résumés historiques ultérieurs, certains élus sudistes avaient été amenés pour ce vote nocturne après avoir bu.[2]

Galusha A. Grow, républicain de Pennsylvanie représentant la région de Scranton, se trouvait du côté démocrate de l’hémicycle lorsque Laurence M. Keitt, de Caroline du Sud, l’interpella.[1] Keitt, démocrate pro-esclavagiste, était déjà associé à la violence au Congrès en raison de son rôle dans le passage à tabac du sénateur Charles Sumner en 1856.[3] Il aurait traité Grow de « chiot républicain noir » et lui aurait dit qu’il méritait qu’on lui donne une leçon.[2]

Grow repoussa la main de Keitt et lança la phrase qui mit le feu aux poudres : « Aucun meneur d’esclaves ne fera claquer son fouet au-dessus de moi. »[2] Keitt saisit Grow à la gorge, et la querelle cessa alors d’être une simple affaire entre deux hommes.[2] Dans une Chambre déjà divisée par l’esclavage, l’insulte donna aussitôt un camp à chacun de ceux qui se trouvaient à proximité.

Une bagarre où les camps se formèrent

La plupart des coups furent échangés devant le bureau du président de la Chambre.[2] Le plus étrange était la manière dont la mêlée s’organisa. Il ne s’agissait pas de deux élus se glissant dans un coin pour régler une rancune personnelle. Selon un récit, les membres se battirent en « bataillons », s’alignant selon leurs appartenances régionales et politiques, avec les pro-esclavagistes d’un côté et les anti-esclavagistes ou républicains de l’autre.[2]

Entre 30 et 50 parlementaires prirent part à la bagarre ou s’y précipitèrent.[2] On se bousculait, on frappait, on agrippait les vêtements, et la foule se pressait dans la confusion.[1] Le président de la Chambre, James Orr, de Caroline du Sud, tenta de rétablir l’ordre, et il fut demandé au sergent d’armes d’utiliser la masse de la Chambre, symbole officiel de l’autorité parlementaire, pour aider à reprendre le contrôle de l’hémicycle.[4]

Au milieu de cette mêlée se trouvait Barksdale, démocrate du Mississippi qui deviendrait plus tard général confédéré.[1] Les républicains du Wisconsin Cadwallader Washburn et John Potter l’attaquèrent, et son postiche tomba.[4] Un récit décrit la perruque arrachée dans la bagarre.[1] Barksdale tenta de se reprendre rapidement, mais remit le postiche dans le mauvais sens.[1]

L’effet fut immédiat. Des représentants du Nord comme du Sud s’arrêtèrent pour rire et se moquer.[1] La salle se battait au sujet de l’esclavage, du Kansas et du pouvoir au sein de l’Union. Puis, l’espace d’un instant, elle se retrouva à contempler un homme dont la dignité était visiblement montée à l’envers.

La plaisanterie avant la guerre

Le rire ne rendit pas pour autant la politique inoffensive. Cette bagarre appartenait à une époque où la violence au Congrès devenait partie intégrante du conflit entre sections qui précéda la guerre de Sécession.[2] Le parquet de la Chambre n’avait pas simplement perdu ses bonnes manières. Il avait commencé à se répartir dans les mêmes camps hostiles qui allaient bientôt s’affronter hors de Washington.

Grow devint président de la Chambre des représentants en 1861.[1] Keitt quitta plus tard le Congrès des États-Unis pour rejoindre la Confédération, servit dans l’armée confédérée et mourut en 1864 après avoir été blessé à Cold Harbor.[3] Barksdale devint lui aussi général confédéré.[1]

Pendant un bref moment nocturne de 1858, le parquet de la Chambre réunit deux avenirs à la fois : des hommes se regroupant en bataillons près du bureau du président, et un représentant du Mississippi debout parmi eux avec sa perruque à l’envers.

Sources

  1. Galusha Grow and the 1858 Congressional Brawl, Jake Wynn
  2. 1858 Congressional brawl, Wikipedia
  3. Laurence M. Keitt, Wikipedia
  4. 1858 Congressional brawl, Grokipedia