L’instruction n’avait pas besoin d’être prononcée. Dans la maison de Henry Cavendish, une domestique pouvait recevoir ses volontés sur papier plutôt que de sa bouche. Selon un récit, le dispositif allait même plus loin : un escalier de service aurait été ajouté afin que le maître des lieux puisse circuler dans ses propres pièces sans rencontrer sa gouvernante face à face.[1]

Henry Cavendish, le scientifique anglais célèbre pour avoir identifié l’hydrogène sous le nom d’« air inflammable », est aussi resté dans les mémoires pour sa timidité extrême, notamment ses consignes écrites adressées aux domestiques femmes et, selon un récit, un escalier construit pour éviter une rencontre dans la maison.

Dans les annales scientifiques, Cavendish paraît presque incroyablement compétent. Il travailla sur les gaz, l’air atmosphérique, la synthèse de l’eau, l’électricité, la chaleur et la densité de la Terre, et les récits ultérieurs ont salué l’exactitude et la précision de ses expériences.[1] Dans la vie quotidienne, ce même homme semble avoir traité les contacts ordinaires comme quelque chose à régler avec le soin d’une procédure de laboratoire.

Cavendish naquit le 10 octobre 1731 à Nice, où sa famille vivait alors.[2] Sa mère, Lady Anne de Grey, mourut lorsqu’il était très jeune, peu après la naissance de son frère Frederick.[3] À 11 ans, il fréquenta la Hackney Academy près de Londres. À 18 ans, il entra à Peterhouse, à Cambridge, puis quitta l’établissement trois ans plus tard sans obtenir de diplôme, ce qui n’était pas inhabituel pour un homme de son rang.[3]

Après Cambridge, la pièce essentielle fut le laboratoire. Cavendish vécut avec son père à Londres, où il disposa bientôt de son propre espace pour mener ses expériences.[3] Son père, Lord Charles Cavendish, appartenait aux cercles scientifiques, et commença en 1758 à emmener Henry aux réunions de la Royal Society ainsi qu’aux dîners du Royal Society Club.[3] En 1760, Henry Cavendish avait été élu dans les deux groupes.[3]

Le gaz qu’il appelait air inflammable

En 1766, Cavendish publia On Factitious Airs, où il décrivait un gaz qu’il appelait « air inflammable ».[1] Il en mesura la densité et observa qu’il formait de l’eau lorsqu’on le brûlait.[1] Antoine Lavoisier reproduisit plus tard l’expérience et donna à l’élément son nom moderne : hydrogène.[1]

Cette découverte ne représentait qu’une partie d’une vie scientifique bien plus vaste. Cavendish étudia la composition de l’air atmosphérique, les propriétés de différents gaz, l’attraction et la répulsion électriques, une théorie mécanique de la chaleur, ainsi que des calculs de la densité — et donc de la masse — de la Terre.[1] L’expérience associée à cette dernière question devint connue sous le nom d’expérience de Cavendish.[1]

À la Royal Society, Cavendish avait accès au monde officiel de la science du XVIIIe siècle. Il fut élu dans des groupes scientifiques, reçut la médaille Copley et évolua parmi des hommes dont les travaux contribuèrent à façonner la chimie et la physique modernes.[1] Pourtant, les récits de sa vie publique reviennent souvent à son retrait. Un résumé moderne indique que Charles Blagden l’aida à entrer dans la société scientifique londonienne et servit de représentant lorsque Cavendish était trop timide pour parler devant des foules ou des comités.[4]

Une maison conçue pour éviter les rencontres

Les histoires domestiques ont perduré parce qu’elles rendent sa réserve visible. Des billets adressés aux domestiques sont de petites choses, mais ils transforment la timidité en un objet que quelqu’un pouvait tenir en main. L’escalier de service rapporté fait quelque chose de plus étrange encore : il transforme l’évitement en architecture.[1]

Des auteurs modernes ont parfois suggéré que Cavendish aurait pu se situer sur le spectre de l’autisme, mais le terrain historique le plus sûr reste comportemental plutôt que diagnostique : il fut décrit comme intensément timide, exceptionnellement réservé et attiré par des formes de communication contrôlées.[3] La caricature serait facile : un reclus génial se cachant du monde. Les faits sont plus précis. Cavendish entra bel et bien dans des institutions scientifiques, publia des travaux importants et participa aux réseaux qui gravitaient autour de la Royal Society.[1]

Ce qu’il évitait, du moins dans les histoires qui nous sont parvenues, c’était la rencontre imprévue. L’homme qui mesurait des gaz invisibles a aussi laissé derrière lui une image plus domestique : une instruction écrite dans la main d’une servante, et un escalier permettant à Henry Cavendish de traverser sa propre maison sans être vu.

Sources

  1. Henry Cavendish, source de republication Wikipedia
  2. Henry Cavendish, Wikipedia
  3. Henry Cavendish, Alchetron
  4. Henry Cavendish and The Revolutionary Discovery of Hydrogen, Interesting Engineering