Le trajet de Levasseur se terminait dans le pied d'un éléphant. Au début des années 1830, le gardien affecté au modèle abandonné de la fontaine de Napoléon sur la Place de la Bastille veillait toujours depuis l'intérieur du monument, grimpant dans un animal en plâtre que Paris n'avait jamais vraiment décidé comment achever ou comment retirer.[1] L'adresse n'était ridicule qu'avant de se tenir dessous. L'éléphant s'élevait à environ 24 mètres, avec un escalier dans une patte et suffisamment d'espace creux pour abriter un homme, recueillir la pluie et offrir aux rats un endroit où se multiplier.[1][2]

Napoléon avait prévu une fontaine éléphant en bronze pour la Place de la Bastille, coulée à partir de canons capturés. Paris ne construisit que le modèle en plâtre grandeur nature, et pendant des décennies, le monument en ruine fut gardé par un homme qui aurait vécu à l'intérieur d'une de ses pattes.

La commande prévoyait du bronze provenant de canons espagnols, de l'eau jaillissant de la trompe et un escalier dissimulé dans une des pattes.[1] La prison de la Bastille avait été démantelée après la Révolution. Sur ce même terrain, Napoléon voulait une créature colossale qui transformerait un lieu d'emprisonnement royal en une proclamation de puissance impériale.

Les travaux atteignirent la phase temporaire en 1813 et 1814, juste au moment où le règne de Napoléon s'effondrait.[2] Paris reçut l'accessoire de répétition et n'obtint jamais la fonte permanente. L'éléphant de plâtre resta là où celui en bronze devait se dresser, rafistolé et surveillé tandis que les gouvernements changeaient autour de lui. La pluie le marqua. Des trous s'ouvrirent. Le grand animal devint en partie modèle de construction, en partie ruine, en partie nuisance de quartier.

Des enfants jouaient près de l'animal tandis que des visiteurs venaient le regarder et que des fonctionnaires se disputaient pour savoir s'il devait être réparé ou démoli.[1] Levasseur garda son poste dans le pied de l'éléphant durant ce long délai. Un monument conçu à partir de métal de canon avait été réduit à l'abri d'un gardien, le grand escalier et le ventre creux servant les besoins quotidiens d'un homme veillant sur une promesse non tenue.

Dans Les Misérables, Gavroche se glisse dans l'éléphant par un trou sous son ventre, et Hugo s'arrête sur l'étrange miséricorde du lieu. La vieille bête protège du froid, de la pluie, de la boue, de la neige et des portes claquées contre un enfant.[3] Le garçon appartenait à la fiction, mais l'abri non. Paris avait laissé un animal géant en plâtre sur la place assez longtemps pour qu'un romancier rende son abandon utile.

Les ouvriers démolirent finalement l'éléphant en 1846.[2] Les récits ultérieurs s'attardent sur les rats qui se seraient précipités hors de la structure brisée et auraient troublé le quartier pendant des semaines.[1][4] Que cette dernière nuée ait grossi dans la mémoire ou non, elle correspondait à l'objet que Paris avait conservé. Napoléon avait demandé du bronze, des canons, de l'eau et de la hauteur. La ville se retrouva avec de la poussière de plâtre, la pièce exiguë d'un gardien, des enfants regardant dans les trous, et un éléphant qui survécut le plus longtemps comme un endroit où quelqu'un pouvait se faufiler.

Sources

  1. https://www.discoverfrance.net/France/Paris/Monuments-Paris/Bastille5.shtml
  2. https://en.wikipedia.org/wiki/Elephant_of_the_Bastille
  3. https://www.gutenberg.org/files/135/135-h/135-h.htm
  4. https://web.archive.org/web/20120330235710/http://cultureandstuff.com/2011/05/24/lost-paris-the-elephant-on-the-place-de-la-bastille/